dimanche 12 octobre 2008

La trahison

Jean- Paul, le célibataire le plus renommé de St. Pierre, allait se
marier le 2 octobre. Lui, qui n´ avait jamais pensé sérieusement aux
femmes, était fou d´amour pour la belle Sandrine. Lui, qui ne dormait
jamais deux fois avec la même fille, était amoureux comme un
adolescent.
Tout le monde voulait être présent á ce mariage incroyable.
Les parents de Jean-Paul étaient très heureux car son fils méritait
une épouse comme Sandrine. Et d´ailleurs, ils rêvaient d´avoir un petit-
fils pour animer leur vieillesse.
Les parents de Sandrine avaient préparé une fête superbe. Ils
aimaient bien Jean- Paul. De toute façon, le bonheur de Sandrine était la
seule chose á considérer.
Au fur et á mesure que le grand jour approchait, tous étaient
épuisés, anxieux, inquiets.
Jean-Paul avait maigri de deux kilos et même Sandrine avait dû
passer cinq jours á la campagne pour se reposer de tout ce qui la
rendait nerveuse.
La sœur de Jean- Paul avait voyagé á Londres pour choisir une
robe et des cadeaux pour les amoureux. Et Alain, son frère, était absent
á cause de son travail.


Le 2 octobre est arrivé. L´Eglise était pleine. Les invitées, les
voisins et les curieux étaient lá pour partager la joie de ce mariage
merveilleux.
Jean-Paul, debout devant l´autel, attendait l´entrée de Sandrine. Il

était tellement élégant que presque toutes les dames de St. Pierre
auraient changé leur place pour celle de la fiancée.
L´attente a durée vingt minutes…Une demi-heure…Le prêtre
semblait préoccupé et Jean- Paul avait l´air découragé.
Personne n´osait parler. De temps en temps quelqu´un toussait ,
quelqu´un chuchotait quelques mots.
La belle Sandrine était disparue. Après trois heures d´ attente, Jean-
Paul a abandonné l´Eglise sous le regard moqueur de tout le monde.
Quelle honte, quelle douleur, quel coup de grâce si cruel pour lui !
Tout ce cauchemar n´ était pas possible. Le doute guettait son
âme, pour l´empêcher de pleurer.

Le cœur de Jean-Paul était mort. Lui-même était mort aussi. Un
mort vivant .
Seul l´empêchait de se tuer, sa famille. Ses parents et sa sœur
Delphine souffraient en silence le malheur de Jean- Paul.
L´état de perplexité de Jean- Paul est fini lorsqu´il a reçu une lettre
d´Alain. Il regardait l´enveloppe sans oser l´ouvrir. Le pauvre et oublié
Alain !
Jean-Paul se reprochait de ne pas avoir demandé des nouvelles de
son frère depuis longtemps. Alain s´était effacé complètement de sa vie
depuis ce jour affreux et inoubliable.
Finalement, il a lu la lettre. Il la regardait de ses yeux étonnés,
couverts de larmes.
- Le misérable… !- a-t-il crié avant de tomber par terre.

Son père est entré dans la chambre. Jean- Paul était évanoui.
Delphine a lu cette lettre assassine : Alain et Sandrine s´étaient
mariés le jour oú elle devait épouser Jean-Paul. Alain voulait être
pardonné, car il aimait bien Jean-Paul mais il adorait aussi
Sandrine.

Il aurait voulu résister á cette passion interdite, mais
Sandrine l´aimait aussi. Son frère devrait
comprendre…Comprendre ?…Pardonner ?…Ah, non ! Ces
mots n´étaient pas connus de Jean-Paul. L´angoisse et le
désespoir de la famille, n´ont pu calmer la haine qui
consommait la vie de cet homme .
Oublier cette trahison ? Jamais ! Jeter á l´eau toute la honte,
la douleur, la tristesse qu´il avait supportées tout ce
temps ? Absolument pas !
Alain était mort pour lui et pour ses parents. Alain n´était rien.
Rien !
Quant á Delphine, elle était accablée de la tristesse. Elle
pleurait sans cesse et sans pouvoir consoler l´âme furieuse qui
clamait vengeance.


Le temps a passé doucement. Jean-paul vivait enfermé dans
son bureau. La seule joie de sa sombre vie était la petite Manon,
la fille de Delphine. Cette poupée blonde et tendre qui adorait
son oncle sérieux et toujours triste, était le seul cadeau que le Bon
Dieu lui avait donné.

Quelques années plus tard, Jean- Paul a décidé de voyager á
Paris pour chercher un cadeau pour sa filleule Manon.
Pendant tout le voyage, il se souvenait de ce jour maudit, de
ce mariage interrompu, de Sandrine…La haine remplissait son
cœur détruit. Le cœur? Pas lui. Il n´avait pas un cœur. Il avait le
débris d´un cœur. Les blessures restaient toujours dans son âme
tourmentée. Jamais il ne pourrait oublier la douleur qui Alain lui
avait provoquée…Alain…Il n´était pas un homme mais un
monstre !

Quand il est descendu du train, une petite voix l´a tiré de son
rêve :
- Monsieur, monsieur…J´ai faim !
- Un enfant le regardait en sanglotant . Jean-Paul a caressé les cheveux bruns et lui a souri.
- Tu t´appelles comment ?
- Je suis Jean-Paul, Monsieur…
- Jean-Paul ? Ca m´étonne…Moi aussi, je suis Jean-Paul…Oú est ta maman ?
- Elle est morte.
- Oh !…Et ton père ?
- Par là.- a répondu l´enfant , sans faire de geste.
Jean-Paul a regardé un homme en guenilles qui dormait par terre.
- C´est ton père ?
Le petit commençait á pleurer une autre fois. Ces cris ont réveillé
l´homme. Malgré la longue barbe, Jean-Paul a pu reconnaître le
visage tremblant d´autrefois…Le clochard semblait chétif, éreinté
et il regardait Jean-Paul sans bouger…
Ce mendiant, ce misérable était Alain !! tout le passé, tous ses
cafards, tous ses tourments passaient devant lui comme un film.
Il aurait tout donné pour voir Alain moulu, tout á fait
malheureux…mais les yeux suppliants, ce regard sombre allaient
jusqu´au fond de ces souvenirs.
Il a baissé la tête, abattu. Ce clochard avait son même sang, et il
avait, comme lui, l´air mélancolique. Il était seul, aussi.
- Alain !-
L´appel a fait couvrir de larmes des yeux de son frère. Alain était
perplexe. Il pleurait sans bruit. Il avait trahi son frère. Il le
regrettait mais il était trop tard pour se faire pardonner. Il le savait
bien.
Jean-Paul a ouvert les bras et ils se sont serrés.

- Pour quoi, Jean-Paul ? Je ne mérite pas ton amitié…

Jean-Paul a senti son cœur battre pour la première fois
depuis…Non ! Pas de cauchemars ! Pas de remords ! Il était
vivant de nouveau !
- Alain… .Tu te rappelles ce que maman disait quand on était
enfants ?

Les deux frères ont commencé á rire, d´une façon folle qui faisait
peur au petit Jean-Paul, en disant á une seule voix :
- Le cœur a ses raisons…-

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Tellement bien ecrit, bien raconte.. j'ai adore! ca ma mis les larmes aux yeux,,, Courage!

Anonyme a dit…

Merci, Anonyme...Dommage que tu n´aies pas écrit ton prénom!

Andy pecas